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Chapitre № 08 · 1441 – 1600

Zurara et l’invention de la race

Le premier texte européen à trier les humains par la couleur était une justification de commande, écrite pour une razzia d’esclaves.

The Guinea trade12.5 million embarkedLagosThe auction of 8 August 1444LisbonZurara’s commissionRomeDum Diversas, 1452ElminaPortuguese fort, 1482JamestownThe statutes that made race lawSalvador da BahiaSugarMexico CityThe casta paintingsUppsalaLinnaeus, 1735GöttingenBlumenbach, 1795PhiladelphiaMorton’s skullsAtlantic Ocean2 500 kmN
Atlas Où cela s’est passé. The category, and the commerce it was built to run. Read the map anticlockwise from Lagos, where 235 people were divided into lots on a beach in August 1444 and a royal chronicler sorted them by complexion in the report. Rome supplied the warrant, Elmina the depot, and the plantation colonies the demand. The two dots in northern Europe are where the science arrived, three centuries late, to justify a system already running at industrial scale.
Chronologie

Quand cela s’est passé

  1. 8 August 1444 The auction at Lagos Zurara sorts 235 captives by complexion, weeps, and calls the business providential.
  2. 1449 Limpieza de sangre in Iberia Purity of blood as a test for office, a heritable, unconvertible taint, before the Atlantic.
  3. 1452 and 1455 Dum Diversas, then Romanus Pontifex Papal authority to reduce unbelievers to perpetual slavery, and a Portuguese monopoly.
  4. 1493 Inter Caetera divides the world The foundation of what became the Doctrine of Discovery.
  5. 1537 Sublimis Deus Indigenous Americans declared rational beings, resisted by the Crown, neutralised in the colonies, and silent on Africans.
  6. 1662 Partus sequitur ventrem Children take the mother’s status. Slavery becomes heritable through the womb.
  7. 1667 Baptism does not confer freedom The pivot: the category stops being about faith and becomes about descent.
  8. 1676 Bacon’s Rebellion English servants and enslaved Africans rebel together and burn Jamestown. The hardening accelerates afterwards.
  9. 1705 The Virginia Slave Code Enslaved people as real estate; killing one during "correction" is not a felony.
  10. 1735 Linnaeus sorts Homo sapiens Four varieties, each with a temperament and a mode of government. A moral ranking in the format of a botanical key.
  11. 1795 Blumenbach coins "Caucasian" On the stated grounds that a skull from the Caucasus was the most beautiful he owned.
  12. 1823 Johnson v. M’Intosh The Doctrine of Discovery enters United States law, and is cited into the twenty-first century.
  13. 1854 Types of Mankind Separate creations for separate races, selling briskly in the American South seven years before the Civil War.
  14. March 2023 The Vatican repudiates the Doctrine of Discovery Which is an acknowledgement that it had been a doctrine.
The order of events is the argument. The trade comes first, the statutes come next to make the category unconvertible and heritable, and the science arrives last, most elaborate, most technical and most confident exactly when abolitionism was winning and the practice was hardest to defend.

Les termes signalés portent une définition courte: survolez, ou touchez sur écran tactile.

« Certains étaient assez blancs, beaux à regarder et bien proportionnés ; d'autres étaient moins blancs, comme des mulâtres ; d'autres encore étaient noirs comme des Éthiopiens. »

— Gomes Eanes de Zurara, décrivant 235 êtres humains répartis en lots à Lagos, le 8 août 1444

La phrase ci-dessus est l'une des plus lourdes de conséquences de la littérature européenne, et presque personne ne l'a lue. Elle provient de la Chronique de la découverte et de la conquête de la Guinée, écrite en 1453 par le chroniqueur royal du Portugal, sur commande du roi, pour célébrer les exploits de l'infant Henri, l'homme que les manuels anglophones appellent Henri le Navigateur.

Zurara décrit la première grande vente aux enchères de captifs africains en Europe. Il les trie selon leur apparence. Il pleure devant la scène qu'il décrit (il le dit lui-même), puis explique que toute l'affaire est providentielle, puisque ces gens sont conduits au salut. Et il note que l'infant Henri, qui prit quarante-six des captifs au titre de son cinquième, était présent à cheval, et que la satisfaction d'Henri résidait non dans le profit mais dans les âmes.

Ce chapitre soutient, à la suite de l'historiographie, que la n'a pas été la cause de la traite atlantique. Elle a été l'instrument construit pour la faire fonctionner, et qu'une fois construite, elle a survécu à la traite pour devenir le principe d'organisation d'un système de castes mondial qui fonctionne toujours.

L'ordre des événements

Le récit intuitif est le suivant : les Européens croyaient les Africains inférieurs, donc ils les ont réduits en esclavage. L'ordre historique est plus proche de l'inverse.

L'esclavage dans la Méditerranée antique et médiévale n'était pas codé par la couleur. Les Romains réduisirent en esclavage des Bretons, des Gaulois, des Grecs, des Daces et des Syriens. Le mot anglais slave dérive de Slav, « Slave », en raison du commerce médiéval de captifs venus d'Europe orientale. Sociétés musulmanes et chrétiennes se sont réciproquement réduit en esclavage leurs captifs de part et d'autre de la Méditerranée pendant des siècles pour des motifs de religion, non de teint, et la religion avait une propriété cruciale : elle était convertible. Un captif converti posait une question embarrassante, et l'embarras fut assez réel pour que le droit et la coutume chrétiens aient eu à s'en saisir à maintes reprises.

Ce qui changea au XVe siècle, ce fut l'apparition d'une source permanente et de dimension industrielle de captifs issus d'une seule région, puis, peu après, de plantations américaines à l'appétit illimité de main-d'œuvre. Le système avait besoin d'une catégorie qui ne fût pas convertible : que le baptême ne pût dissoudre, que l'affranchissement d'un individu ne pût troubler, et qui se transmît automatiquement aux enfants. La religion ne pouvait remplir cet office. Il fallait construire autre chose.

Zurara est le premier texte européen développé dans lequel cet autre chose est visiblement en cours de construction : une hiérarchie des êtres humains selon le teint, offerte en justification de ce que l'on vient de leur faire.1

La bénédiction

La Couronne portugaise n'agit pas de sa seule autorité. Elle demanda, et reçut, un mandat pontifical explicite.

  • (1452), de Nicolas V à Alphonse V de Portugal : autorisation d'envahir, conquérir, soumettre et subjuguer les Sarrasins, les païens et autres infidèles, de s'emparer de leurs biens et de leurs territoires, et de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel.
  • Romanus Pontifex (1455), du même pape, confirmant et étendant la concession, et accordant au Portugal le monopole du commerce africain.
  • Inter Caetera (1493), d'Alexandre VI, partageant entre l'Espagne et le Portugal le monde nouvellement rencontré.

Ces documents sont le fondement de ce que le droit a appelé la doctrine de la découverte. Ce n'est pas une affirmation rhétorique : la doctrine est entrée dans la jurisprudence des États-Unis par l'opinion du juge en chef John Marshall dans Johnson v. M'Intosh (1823), qui jugea que la découverte conférait le titre au souverain européen découvreur et réduisait les nations autochtones au rang d'occupants ; cette décision a été citée par les tribunaux américains jusqu'au XXIe siècle.2 En mars 2023, après des décennies de pression des organisations autochtones, le Vatican a publié une déclaration répudiant la doctrine, ce qui revient à reconnaître qu'il s'agissait bien d'une doctrine.

Il est juste de noter que le dossier comporte des contre-courants. La bulle Sublimis Deus de Paul III (1537) déclarait que les peuples autochtones des Amériques étaient des êtres rationnels qu'il ne fallait ni réduire en esclavage ni priver de leurs biens. Elle se heurta à la résistance de la Couronne espagnole, fut effectivement neutralisée dans les colonies, et ne concernait pas les Africains. Ce schéma (une déclaration morale au centre, ignorée au point d'extraction) reviendra dans chaque chapitre de cette chronique.

Le plan du Brookes de 1788, montrant des personnes réduites en esclavage entassées en rangées dans la cale d'un navire négrier
Le Brookes, 1788. Le diagramme fut établi par des abolitionnistes à partir des chiffres de chargement légaux du navire eux-mêmes, sous le régime du Slave Trade Act ; autrement dit, il montre la capacité réglementée. Environ 12,5 millions de personnes furent embarquées depuis l'Afrique sur toute la durée de la traite ; quelque 10,7 millions survécurent à la traversée. Voilà à quoi servait la catégorie inventée dans les années 1440.Wikimedia Commons · public domain

La race devient loi

Ce ne sont pas les idées qui font tourner une économie de plantation. Ce sont les lois. La preuve la plus précise que la race a été fabriquée plutôt qu'héritée réside dans la suite des lois coloniales qui l'ont construite, un problème à la fois. La Virginie en est le cas le plus net.

AnnéeLoiProblème résolu
1662Les enfants prennent le statut de la mère ()Renverse la règle de la common law anglaise selon laquelle le statut suit le père. Rend l'esclavage héréditaire par le ventre, et rend le viol des femmes réduites en esclavage profitable plutôt que coûteux.
1667Le baptême ne confère pas la libertéFerme l'échappatoire religieuse. C'est le pivot : la catégorie cesse de relever de la foi et se met à relever de la descendance.
1691Bannissement des Blancs épousant des « nègres, mulâtres ou Indiens »Surveille la frontière, et crée la fiction juridique d'une population blanche délimitée.
1705Le code de l'esclavage de VirginieConsolide : les personnes réduites en esclavage sont des biens immobiliers ; en tuer une au cours d'une « correction » n'est pas un crime ; les Noirs libres perdent le droit de vote, le droit d'exercer une charge et celui de témoigner.

Les historiens observent depuis longtemps que le durcissement s'accélère après la rébellion de Bacon en 1676, au cours de laquelle des engagés anglais et des Africains réduits en esclavage se révoltèrent ensemble et incendièrent Jamestown. L'argument d'Edmund Morgan (selon lequel l'élite virginienne répondit en accordant aux Blancs pauvres des privilèges juridiques précisément pour les détacher d'une cause commune avec les travailleurs noirs) demeure l'analyse de référence sur la fabrication de la « blanchité » comme coalition interclassiste.3 Theodore Allen est allé plus loin : la blanchité n'était pas une identité populaire mais un instrument de contrôle social au service de la classe dirigeante, et elle a fonctionné.

Une peinture de castes mexicaine du XVIIIe siècle : une grille de seize panneaux montrant des familles métissées avec l'étiquette de chaque catégorie raciale
Une peinture de casta, Nouvelle-Espagne, XVIIIe siècle. Seize panneaux, chacun étiquetant la progéniture d'une combinaison raciale déterminée, produits comme bureaucratie décorative pour un empire qui taxait, dîmait et surveillait les gens par catégorie. L'idée que la race est un fait naturel et non un produit administratif ne survit pas à l'examen de l'une de ces œuvres.Wikimedia Commons · public domain

Puis la science arrive, après coup

La chronologie de la « science des races » est la pièce à conviction la plus solide en faveur de la thèse de ce chapitre. Les taxonomies arrivent après que la traite fonctionne à grande échelle, et elles s'intensifient exactement au moment où la traite est attaquée.

  • 1735. Le Systema Naturae de Linné divise Homo sapiens en quatre variétés et attribue à chacune un tempérament et un mode de gouvernement : les Européens gouvernés par la loi, les Africains par le caprice. Ce n'est pas de l'observation ; c'est un classement moral présenté sous la forme d'une clé botanique.
  • 1795. Johann Friedrich Blumenbach propose cinq races et forge le terme « caucasien » pour les Européens, au motif déclaré qu'un crâne du Caucase de sa collection était le plus beau qu'il possédât, et que la région constituait une origine plausible. Une catégorie encore imprimée aujourd'hui sur des formulaires officiels est née de la préférence esthétique d'un anatomiste allemand pour un crâne.4
  • 1839–1854. Samuel Morton mesure la capacité crânienne et en tire un classement ; Types of Mankind de Nott et Gliddon (1854) plaide pour le polygénisme (des créations séparées pour des races séparées) et se vend allègrement dans le Sud américain quelques années avant la guerre de Sécession. Louis Agassiz, le naturaliste le plus éminent d'Amérique, y souscrivit.

Notez la chronologie de ce dernier ensemble. L'abolitionnisme remporte des débats dans les années 1830 et 1840 ; les Lumières ont fait de l'égalité humaine universelle une prémisse respectable ; et c'est exactement à ce moment qu'apparaît le racisme scientifique le plus élaboré, le plus technique, le plus assuré. L'idéologie est devenue la plus rigoureuse quand la pratique est devenue la plus difficile à défendre.

Frontispice de Types of Mankind (1854), montrant un tableau comparatif de crânes humains et de singes disposés en hiérarchie
Frontispice de Types of Mankind, 1854. Des crânes disposés pour soutenir que les « types » humains avaient été créés séparément et étaient inégaux à jamais, publié sept ans avant la guerre de Sécession par des auteurs directement intéressés à l'issue du conflit.Wikimedia Commons · public domain
Là où ce chapitre se contredit

La formule stricte « l'esclavage d'abord, la race ensuite » est trop nette, et des historiens sérieux la contestent. La péninsule Ibérique connaissait déjà les statuts de depuis 1449, qui faisaient de la pureté du sang (une souillure héritée et non convertible) le critère d'accès aux charges, visant les juifs et les musulmans convertis. Voilà une exclusion héréditaire, fondée sur la descendance, deux générations avant Colomb ; et James Sweet a soutenu que la pensée raciste ibérique a des racines plus profondes que le système atlantique.5 Geraldine Heng défend une thèse parallèle à propos du traitement des juifs dans l'Angleterre médiévale.

La formulation retenue par cette chronique est donc la suivante : les matériaux bruts de l'altérisation sont anciens (chapitre 1), et la péninsule Ibérique en avait déjà produit une version héréditaire. Ce que les XVe–XVIIIe siècles ont construit était inédit : une hiérarchie mondiale, fondée sur le phénotype, justifiée biologiquement et imposée par le droit, façonnée parce qu'un système commercial déterminé exigeait une main-d'œuvre exclue à perpétuité. Zurara en est le premier brouillon. Les lois de Virginie en sont la version opérationnelle. Blumenbach et Morton en sont la justification rétroactive.

Ce qu'elle est devenue

L'esclavage a pris fin. La catégorie, non, car elle avait dès lors d'autres tâches à accomplir.

Elle a structuré le partage de l'Afrique (chapitre 10) et les mandats qui ont suivi, dans lesquels des nations « civilisées » administraient des peuples jugés pas encore capables de se diriger eux-mêmes, formulation même de l'article 22 du Pacte de la Société des Nations, et instrument juridique en vertu duquel la Belgique allait gouverner le Rwanda. Elle a structuré le droit de l'immigration, aux États-Unis et dans tout le monde colonial de peuplement anglophone. Elle a structuré la valorisation différenciée des vies humaines qui a permis aux mêmes gouvernements de qualifier certaines morts de tragédies et d'autres de statistiques regrettables, distinction que cette chronique rencontrera de nouveau, précisément, en avril 1994.

W. E. B. Du Bois a désigné la ligne de couleur comme le problème structurant du XXe siècle, et l'entendait à l'échelle mondiale, non nationale. Le terme de capitalisme racial forgé par Cedric Robinson porte l'affirmation structurelle : le système n'a pas acquis le racisme comme un supplément regrettable, il s'est développé par la différenciation raciale, parce qu'une main-d'œuvre différenciée est une main-d'œuvre moins chère.6

Et cela reste mesurable : dans les autorisations de franchir les frontières, dans les dettes que l'on remet et celles que l'on exige, dans les ressources extraites à des prix fixés ailleurs, et dans le fait que les émissions par habitant d'un pays européen peuvent représenter plusieurs fois celles d'un pays africain tandis que les conséquences sont subies en proportion inverse. Les chapitres 16 à 21 démontent cela.

Un chroniqueur de cour, une justification de commande, une vente aux enchères sur une plage portugaise en août 1444. Non pas le commencement de la cruauté humaine (le chapitre 1 a écarté cette idée) mais le commencement de la machine particulière que cette chronique existe pour décrire.

Notes

  1. Gomes Eanes de Zurara, Crónica dos feitos notáveis que se passaram na conquista de Guiné (1453), ch. XXV ; en anglais dans The Chronicle of the Discovery and Conquest of Guinea, trad. C. R. Beazley et E. Prestage (London: Hakluyt Society, 1896). Ibram X. Kendi, Stamped from the Beginning (New York: Nation Books, 2016), s'ouvre sur ce passage et plaide pour son antériorité. ↩
  2. Johnson v. M'Intosh, 21 U.S. 543 (1823) ; Robert J. Miller et al., Discovering Indigenous Lands: The Doctrine of Discovery in the English Colonies (Oxford: Oxford University Press, 2010). ↩
  3. Edmund S. Morgan, American Slavery, American Freedom (New York: Norton, 1975) ; Theodore W. Allen, The Invention of the White Race, 2 vol. (London: Verso, 1994–97) ; Barbara J. Fields, « Slavery, Race and Ideology in the United States of America », New Left Review I/181 (1990), p. 95–118. ↩
  4. Johann Friedrich Blumenbach, De generis humani varietate nativa, 3e éd. (1795). Sur Morton et la longue querelle autour de ses données : l'accusation de biais inconscient portée par Stephen Jay Gould dans The Mismeasure of Man (1981), la reprise des mesures par Lewis et al. en 2011, qui a largement disculpé son arithmétique, et les critiques ultérieures montrant que c'étaient son échantillonnage et son cadrage qui accomplissaient le travail idéologique : voir Michael Weisberg, « Remeasuring Man », Evolution & Development 16:3 (2014), p. 166–178. ↩
  5. James H. Sweet, « The Iberian Roots of American Racist Thought », William and Mary Quarterly 54:1 (1997), p. 143–166 ; Geraldine Heng, The Invention of Race in the European Middle Ages (Cambridge: Cambridge University Press, 2018). ↩
  6. W. E. B. Du Bois, The Souls of Black Folk (1903), et « The African Roots of War », Atlantic Monthly (1915) ; Cedric J. Robinson, Black Marxism: The Making of the Black Radical Tradition (London: Zed, 1983) ; Eric Williams, Capitalism and Slavery (Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1944), dont la thèse sur les origines économiques de l'abolition est encore discutée et encore indispensable. ↩
Personnages

Qui était impliqué

  1. Figures

    Gomes Eanes de Zurara

    c. 1410 – c. 1474 Royal chronicler of Portugal

    The Crown, and the commission

    Writing in 1453 at the king’s commission, he described the auction of 235 people at Lagos nine years earlier and sorted them by complexion: some white enough and well proportioned, others less white, others as black as Ethiops. He wept at the scene, said so, and then explained that the business was providential because the captives were being brought to salvation. It is the first extended European text in which the category is visibly under construction.

    Zurara, Crónica dos feitos… de Guiné (1453) · Kendi, Stamped from the Beginning (2016)

  2. Figures

    Infante Henrique

    Henry the Navigator

    1394 – 1460 Portuguese prince; patron of the Guinea voyages

    Souls, and a fifth share

    He was present at the Lagos auction on horseback and took forty-six of the captives as his fifth share. Zurara records that his satisfaction lay not in the profit but in the souls. The schoolbook name (the Navigator) was applied by nineteenth-century English and German writers; he did not sail on the voyages he financed.

  3. Figures

    Nicholas V

    1397 – 1455 Pope, 1447–1455

    Portugal’s warrant

    Dum Diversas in 1452 gave the king of Portugal authority to invade, conquer and subjugate Saracens, pagans and other unbelievers, to seize their goods and to reduce their persons to perpetual slavery; Romanus Pontifex in 1455 confirmed it and added a monopoly of the African trade. These were not pious sentiments. They were title documents, and they were used as such for five centuries.

    Dum Diversas (1452) · Romanus Pontifex (1455)

  4. Factions

    The Virginia General Assembly

    from 1619 Colonial legislature

    The planter interest

    Race was not inherited from the middle ages; it was drafted, one statute at a time, by men solving practical problems. 1662: children take the mother’s status, so slavery becomes heritable and the rape of enslaved women becomes profitable. 1667: baptism confers no freedom, closing the religious escape hatch. 1691: banishment for whites who marry across the line. 1705: the enslaved are real estate, and killing one during correction is not a felony.

    Morgan, American Slavery, American Freedom (1975)

  5. Figures

    Carl Linnaeus

    1707 – 1778 Botanist; author of Systema Naturae

    Order, as a scientific value

    The 1735 Systema Naturae divides Homo sapiens into four varieties and assigns each a temperament and a mode of government: Europeans governed by law, Africans by caprice. That is not observation. It is a moral ranking set out in the format of a botanical key, by the man who gave biology its filing system, which is exactly why it carried.

    Linnaeus, Systema Naturae (1735)

  6. Figures

    Johann Friedrich Blumenbach

    1752 – 1840 Anatomist at Göttingen

    Five races, one of them beautiful

    In 1795 he proposed five races and coined "Caucasian" for Europeans, on the stated grounds that a skull in his collection from the Caucasus was the most beautiful he owned and that the region was a plausible origin. A category still printed on official forms today began as one German anatomist’s aesthetic preference about one skull.

    Blumenbach, De generis humani varietate nativa, 3rd ed. (1795)

  7. Figures

    Samuel George Morton

    1799 – 1851 Physician; collector of skulls

    Polygenism

    He measured cranial capacity and reported a ranking. The long fight over his data is instructive: Stephen Jay Gould charged unconscious bias, a 2011 remeasurement largely exonerated his arithmetic, and subsequent critics showed that the ideological work was done by his sampling and his framing, not his sums. The most confident scientific racism appears in the 1840s and 1850s, exactly when abolitionism was winning.

    Weisberg, "Remeasuring Man" (2014)

  8. Figures

    W. E. B. Du Bois

    1868 – 1963 Sociologist and historian

    The colour line, read globally

    He named the problem of the twentieth century as the colour line, and he meant it globally rather than domestically: in "The African Roots of War" he traced the First World War itself to the competition for African extraction. Cedric Robinson later gave the structural version a name: racial capitalism, a system that did not acquire racism as a regrettable add-on but developed through racial differentiation, because differentiated labour is cheaper labour.

    Du Bois, The Souls of Black Folk (1903) · Robinson, Black Marxism (1983)

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