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Chapitre № 14 · 1859 – 1945

De la science des races à la guerre totale

Le darwinisme social ne fut pas un contresens sur l’empire. Il fut l’autoportrait de l’empire.

Skulls, for measurementAmerican statutes, as precedentHavanaReconcentración, from 1896IndianaFirst compulsory sterilisation law, 1907LondonFirst International Eugenics Congress, 1912VersaillesRacial equality rejected; Article 22 adoptedBerlinThe Kaiser Wilhelm InstituteAuschwitzOmdurman1898 — 11,000 killed, for fewer than 50BloemfonteinThe Boer War camps, 1899–1902Shark IslandKonzentrationslager, 1905–07OmahekeDriven in; the waterholes held2 500 kmN
Atlas Où cela s’est passé. The colonial laboratory, and the return. Each signature technique of twentieth-century mass violence has a first use on this map: the concentration camp at Havana and then in the Boer republics, the extermination order and Shark Island in German South West Africa, industrial asymmetric killing at Omdurman. The two arrows are the traffic that matters: skulls shipped north for measurement, and American statutes studied in Berlin as precedent for the race laws.
Chronologie

Quand cela s’est passé

  1. 1864 Spencer coins "survival of the fittest" The phrase enters Darwin’s own text in later editions.
  2. 1871 The Descent of Man Predicts that the "civilised races" will exterminate and replace the "savage races", offered as prediction, with no visible discomfort.
  3. 1883 Galton coins eugenics
  4. 1896 Reconcentración in Cuba Where the term concentration camp enters modern usage. Well over a hundred thousand civilians died.
  5. 2 September 1898 Omdurman Europe learned that machine guns produced victory. It did not learn what they would do when both sides had them.
  6. 1899–1902 The camps of the South African War Around 28,000 Boer women and children died, along with a comparable or greater number of Black Africans in separate camps whose records were kept less carefully.
  7. October 1904 Von Trotha’s proclamation The Herero are no longer German subjects; any found within the frontier will be shot; he will not receive women and children.
  8. 1907 Indiana sterilises Over thirty US states follow. More than 60,000 Americans were sterilised, disproportionately poor, disabled, Black and Indigenous women.
  9. 1912 The First International Eugenics Congress Presided over by Darwin’s son, with Winston Churchill and the president of Harvard among the vice-presidents. This was not a fringe.
  10. 1914–18 17 million dead Colonial troops shipped in to fight and dig for empires that then declined to extend them rights.
  11. 1919 Versailles Japan’s racial equality clause wins a majority and is ruled to need unanimity. Article 22 makes trusteeship international law.
  12. 1927 Buck v. Bell The US Supreme Court upholds compulsory sterilisation. It has never been formally overruled.
  13. 1933 The German sterilisation law Modelled on American statutes that were still being enforced.
  14. 1935 The Nuremberg Laws Drafted with US anti-miscegenation and immigration statutes on the table. Some jurists found the American rules too harsh for German purposes.
  15. 1950–51 The UNESCO statements on race Scientific racism discredited as public doctrine. The economic relations built over four centuries stayed exactly where they were.
  16. 2021 Germany recognises the Herero and Nama genocide
Read the left column as one sequence rather than two. The claim is not equivalence; it is supply. The categories, the techniques, the legal forms and in several cases the people were developed in the colonial world, and were available, familiar and respectable when they were turned on Europeans.

Les termes signalés portent une définition courte: survolez, ou touchez sur écran tactile.

« Quoi qu'il arrive, nous avons / La mitrailleuse Maxim, et eux non. »

— Hilaire Belloc, The Modern Traveller, 1898, l'année d'Omdurman

Le récit standard du vingtième siècle traite les deux guerres mondiales comme une tragédie européenne et la violence coloniale comme un sujet distinct et mineur. Ce chapitre soutient ce qu'un corpus considérable de travaux savants soutient depuis Aimé Césaire en 1950 : il s'agit d'un seul et même sujet. Les méthodes qui ont tué des dizaines de millions d'Européens entre 1914 et 1945 (le camp de concentration, l'ordre d'extermination, la mise à mort industrielle, la hiérarchisation bureaucratique des vies humaines) avaient d'abord été mises au point et normalisées dans les colonies, sur des populations dont la mort ne soulevait aucune question dans la métropole.

La formulation de Césaire est la plus tranchante. Ce que l'Europe ne pouvait pardonner à Hitler, écrivait-il, ce n'était pas le crime en lui-même mais le crime contre des Européens, l'application à des Blancs de procédés jusque-là réservés aux colonisés. Hannah Arendt a produit la version structurelle du même argument : l'impérialisme au-dehors a fabriqué les catégories, le personnel et les habitudes administratives qui sont ensuite rentrés au pays.1

La doctrine, dans l'ordre

Le chapitre 8 a suivi la race depuis une justification de commande jusqu'à une catégorie juridique, puis jusqu'à une affirmation scientifique. Le dix-neuvième siècle y a ajouté le dernier élément : une théorie de l'histoire dans laquelle la compétition raciale est le moteur, et la disparition du plus faible une loi naturelle plutôt qu'une politique.

La chronologie est là encore instructive. Herbert Spencer publia sa sociologie évolutionniste et forgea l'expression « survie du plus apte » dans les années 1860 ; la formule entra dans le texte même de Darwin dans les éditions ultérieures. Darwin, dans La Filiation de l'homme (1871), prédisait que les « races civilisées » extermineraient et remplaceraient les « races sauvages », observation offerte comme prédiction et non comme programme, mais sans gêne visible.2 Francis Galton, cousin de Darwin, forgea le mot eugénisme en 1883 et proposa de gérer directement la reproduction humaine.

Il faut insister sur ce point : ce n'était pas une marge. L'eugénisme fut une science dominante, progressiste et internationale pendant un demi-siècle :

  • Le premier congrès international d'eugénisme se tint à Londres en 1912, présidé par Leonard, le fils de Darwin, avec parmi ses vice-présidents Winston Churchill et le président de Harvard.
  • L'Indiana adopta la première loi de stérilisation obligatoire en 1907 ; plus de trente États américains suivirent. La Cour suprême valida cette pratique dans (1927), avec la phrase tristement célèbre d'Oliver Wendell Holmes Jr. sur les trois générations. Plus de 60 000 Américains furent stérilisés en vertu de ces lois, de façon disproportionnée des femmes pauvres, handicapées, noires et autochtones. Buck v. Bell n'a jamais été formellement infirmé.
  • La Suède, le Danemark, la Norvège, la Suisse et la province canadienne de l'Alberta menèrent leurs propres programmes, dans certains cas jusque dans les années 1970.
Logo du deuxième congrès international d'eugénisme : un arbre dont les racines portent les noms des nombreuses disciplines qui alimentent l'eugénisme
L'emblème du congrès d'eugénisme : « L'eugénisme est l'autodirection de l'évolution humaine. » Les racines portent les noms de la génétique, de la statistique, de l'anthropologie, de la médecine, de l'économie, de la psychologie, de la sociologie : l'autoportrait d'une discipline qui croyait avoir tout synthétisé. Le congrès se tint au Muséum américain d'histoire naturelle.Wikimedia Commons · public domain

Le laboratoire colonial

Chacune des techniques emblématiques de la violence de masse du vingtième siècle a un premier usage colonial.

Le camp de concentration. Le terme entre dans l'usage moderne avec la reconcentración espagnole à Cuba à partir de 1896, sous le général Weyler, qui tua bien plus de cent mille civils. Les Britanniques internèrent ensuite des civils boers pendant la guerre d'Afrique du Sud de 1899-1902 ; environ 28 000 femmes et enfants boers moururent dans les camps, ainsi qu'un nombre comparable ou supérieur d'Africains noirs dans des camps séparés dont les registres furent tenus avec bien moins de soin. Les rapports d'Emily Hobhouse firent de ces camps un scandale en Grande-Bretagne, autrement dit les faits étaient publics à l'époque.3

L'ordre d'extermination. Dans le Sud-Ouest africain allemand, aujourd'hui la Namibie, le général Lothar von Trotha promulgua en octobre 1904 une proclamation déclarant que les Herero n'étaient plus des sujets allemands, que tout Herero trouvé à l'intérieur de la frontière allemande serait abattu, et qu'il ne recevrait ni femmes ni enfants. Ses troupes refoulèrent la population dans le désert de l'Omaheke et tinrent les points d'eau. Les survivants furent placés dans des camps (, le mot allemand étant déjà en usage), dont le pire fut celui de . De l'ordre de 80 pour cent des Herero et la moitié de la population nama périrent. Les crânes des morts furent expédiés en Allemagne pour y être mesurés par les anthropologues.4

Photographie de prisonniers herero et nama enchaînés sous la garde coloniale allemande dans le Sud-Ouest africain
Prisonniers herero et nama, Sud-Ouest africain allemand, v. 1904-08. L'Allemagne a formellement reconnu ces événements comme un génocide en 2021. La chaîne du personnel qui va d'ici à l'Europe n'a rien de spéculatif : Eugen Fischer mena dans cette colonie des recherches raciales sur des communautés métisses, les publia en 1913, dirigea plus tard l'Institut Kaiser-Wilhelm d'anthropologie à Berlin et forma les hommes qui conduisirent la politique raciale nazie.Wikimedia Commons · public domain

La mise à mort industrielle asymétrique. À Omdurman en 1898, les forces de Kitchener, dotées de mitrailleuses Maxim et d'artillerie, tuèrent environ 11 000 Soudanais pour la perte de moins de 50 des leurs. Winston Churchill, présent comme officier de cavalerie et journaliste, y vit le plus éclatant triomphe des armes scientifiques sur des barbares. L'Europe apprit de ces campagnes que les mitrailleuses donnaient la victoire. Elle n'apprit pas ce qu'elles feraient lorsque les deux camps en disposeraient.

Illustration de la bataille d'Omdurman, 1898, avec l'infanterie britannique tirant en rangs
Omdurman, 2 septembre 1898. Seize ans plus tard, les mêmes armes étaient pointées sur des Européens, et le résultat fut le front de l'Ouest.Wikimedia Commons · public domain

1914 : le mécanisme s'assemble

Chacun des éléments des chapitres 12 et 13 était désormais en place, et la guerre qu'ils produisirent ne fut pas l'accident d'un assassinat.

La mobilisation de masse permettait aux États d'aligner des millions d'hommes et de les remplacer sans cesse. L'école nationaliste faisait que ces hommes marchèrent de bon gré en 1914, dans toutes les capitales, convaincus que leur nation se défendait. La production industrielle permettait de fabriquer les munitions plus vite qu'on ne pouvait les tirer. Et le darwinisme social fournissait la justification : la conviction largement partagée par les élites européennes que les nations étaient des organismes en compétition, que la guerre était une épreuve de vitalité, et qu'une nation qui refusait de se battre déclinerait. Le général allemand Bernhardi le soutenait explicitement dans L'Allemagne et la prochaine guerre (1911) ; des équivalents circulaient partout.

Le résultat fut 17 millions de morts, dont une large part tués par une artillerie qu'ils n'ont jamais vue. Des troupes coloniales (sénégalaises, algériennes, indiennes, vietnamiennes, bataillons de travailleurs africains) furent acheminées pour combattre et creuser au service d'empires qui refusèrent ensuite de leur accorder des droits. Le Corps de travailleurs chinois, près de 100 000 hommes, fut largement effacé du récit jusqu'à une date récente.

Versailles : la hiérarchie inscrite dans le droit international

Deux documents de 1919 montrent que l'ordre racial n'était pas une gêne que l'on démantelait discrètement, mais le principe organisateur explicite du règlement d'après-guerre.

La proposition d'égalité raciale. Le Japon, puissance alliée victorieuse, proposa d'insérer dans le Pacte de la Société des Nations une clause consacrant l'égalité des nations et le traitement juste de leurs ressortissants. Elle obtint la majorité des voix en commission. Woodrow Wilson, qui présidait, jugea qu'une question de cette importance exigeait l'unanimité, et la proposition échoua. La pression contre elle vint de l'Australie, soutenue par la Grande-Bretagne, au nom de la politique de l'Australie blanche, et d'un président dont la propre administration avait reségrégué la fonction publique fédérale américaine.5

L'article 22. Le système des mandats plaça les anciens territoires allemands et ottomans sous la tutelle des vainqueurs au motif déclaré que leurs peuples n'étaient « pas encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne », et qualifia cette tutelle de « mission sacrée de civilisation ». Le Rwanda devint un mandat belge en vertu de cet article. Le de 1513 avait dit la même chose dans un latin plus mauvais.

Le nazisme comme continuité, non comme aberration

Le constat le plus dérangeant des travaux récents est la mesure dans laquelle le programme nazi fut emprunté plutôt qu'inventé.

Le était un concept colonial de peuplement, et ses auteurs le disaient. Hitler citait à plusieurs reprises la conquête américaine de l'Ouest comme modèle (vider un continent de ses habitants et le coloniser), et admirait l'administration britannique de l'Inde. Les territoires de l'Est devaient être l'Inde de l'Allemagne et sa frontière pionnière.6

Les lois raciales avaient des textes américains sur la table. L'étude de James Whitman sur les lois de Nuremberg documente des juristes nazis étudiant en détail les statuts américains (les lois anti-métissage en vigueur dans trente États, la citoyenneté de seconde classe, les quotas d'immigration racialement structurés de 1924) et les discutant comme précédents. Certains jugèrent les règles américaines dites de la « goutte de sang » trop dures pour les besoins allemands.7

Le personnel scientifique fut continu. La ligne qui va d'Eugen Fischer dans la colonie namibienne à l'Institut Kaiser-Wilhelm est le fil le plus net ; son étudiant Josef Mengele partit pour Auschwitz et renvoya des spécimens à Berlin. Et la loi de stérilisation de 1933 fut calquée sur des statuts américains alors encore appliqués.

Là où ce chapitre se contredit

La thèse de la continuité peut être exagérée, et des historiens sérieux en refusent la forme forte. La Shoah présente des traits sans précédent colonial : le camp de la mort industriel comme installation de mise à mort dédiée, la visée éliminationniste totale poursuivie contre une population européenne pleinement intégrée, et le détournement de ressources de guerre vers la tuerie au détriment de l'effort de guerre. Les génocides coloniaux étaient généralement instrumentaux : la terre, la main-d'œuvre, la répression des révoltes ; le projet nazi était pour partie idéologique au-delà de toute instrumentalité. Le débat des historiens à ce sujet (l'Historikerstreit et ses suites, dont la controverse récente sur le point de savoir si la comparaison amoindrit la spécificité de la Shoah) est réel et non tranché.8

Ce que cette chronique affirme est la thèse plus faible et mieux étayée : les catégories (des races classées selon leur aptitude), les techniques (camps, ordres d'extermination, gestion bureaucratique des populations), les formes juridiques (citoyenneté graduée, tutelle) et, dans plusieurs cas, les hommes avaient été mis au point dans le monde colonial et étaient disponibles, familiers et respectables au moment où on les a retournés contre des Européens. Ce n'est pas une affirmation d'équivalence. C'est une affirmation sur l'approvisionnement.

Et ensuite

1945 a discrédité le racisme scientifique comme doctrine publique en Occident. Les déclarations de l'UNESCO sur la race, en 1950 et 1951, l'ont déclaré sans fondement biologique ; la Convention sur le génocide et la Déclaration universelle des droits de l'homme furent adoptées ; les empires commencèrent, lentement et sous la pression, à se retirer.

Mais notons ce qui n'a pas été démantelé. Les rapports économiques construits en quatre siècles restèrent exactement en place. Les colonies devinrent des États indépendants à l'intérieur d'un système commercial dont les termes avaient été fixés par leurs anciens maîtres, en portant des frontières tracées à Berlin, et on leur dit d'entrer en concurrence. La doctrine passa dans la clandestinité et la structure demeura, ce qui fait l'objet du chapitre 16.

Auparavant, le chapitre 15 examine la décision unique qui a rendu le pire possible, et demande qui l'a prise.

Notes

  1. Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme (Paris : Réclame, 1950) ; Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism (New York : Harcourt Brace, 1951), deuxième partie. Voir aussi Sven Lindqvist, "Exterminate All the Brutes" (Londres : Granta, 1996). ↩
  2. Charles Darwin, The Descent of Man (Londres : John Murray, 1871), vol. 1, chap. 6. Sur le mouvement plus large, Mike Hawkins, Social Darwinism in European and American Thought, 1860–1945 (Cambridge : Cambridge University Press, 1997). ↩
  3. Elizabeth van Heyningen, The Concentration Camps of the Anglo-Boer War (Auckland Park : Jacana, 2013) ; Emily Hobhouse, Report of a Visit to the Camps of Women and Children in the Cape and Orange River Colonies (Londres, 1901). ↩
  4. Jürgen Zimmerer et Joachim Zeller (dir.), Genocide in German South-West Africa (Monmouth : Merlin, 2008) ; David Olusoga et Casper W. Erichsen, The Kaiser's Holocaust (Londres : Faber, 2010). ↩
  5. Naoko Shimazu, Japan, Race and Equality: The Racial Equality Proposal of 1919 (Londres : Routledge, 1998). ↩
  6. Timothy Snyder, Black Earth: The Holocaust as History and Warning (New York : Tim Duggan, 2015) ; Carroll P. Kakel III, The American West and the Nazi East (Basingstoke : Palgrave Macmillan, 2011). ↩
  7. James Q. Whitman, Hitler's American Model: The United States and the Making of Nazi Race Law (Princeton : Princeton University Press, 2017). ↩
  8. Pour le versant critique du débat, voir Dan Stone (dir.), The Historiography of Genocide (Basingstoke : Palgrave, 2008), et les échanges rassemblés autour de A. Dirk Moses, The Problems of Genocide (Cambridge : Cambridge University Press, 2021). ↩
Personnages

Qui était impliqué

  1. Factions

    The Herero and Nama

    the war of 1904–08 Peoples of German South West Africa

    The first victims of a German extermination order

    Driven into the Omaheke desert with the waterholes held against them, and the survivors put into camps the German administration already called Konzentrationslager. Something on the order of 80 per cent of the Herero and half the Nama population died. The skulls of the dead were shipped to Germany for anthropological measurement. Germany formally recognised these events as genocide in 2021.

    Olusoga & Erichsen, The Kaiser’s Holocaust (2010)

  2. Figures

    Lothar von Trotha

    1848 – 1920 General, German South West Africa

    The extermination order

    His proclamation of October 1904 declared that the Herero were no longer German subjects, that any found within the German frontier would be shot, and that he would not receive women and children. It is not an inference drawn by later historians. It is a printed order, signed, with a stated policy of extermination, twenty-eight years before the men who would issue similar ones in Europe took power.

  3. Figures

    Eugen Fischer

    1874 – 1967 Anthropologist; director of the Kaiser Wilhelm Institute

    The thread that runs home

    He conducted racial research on mixed-descent communities in German South West Africa, published it in 1913, went on to direct the Kaiser Wilhelm Institute for Anthropology in Berlin, and taught the men who ran Nazi racial policy. His student Josef Mengele went to Auschwitz and sent specimens back to the institute. The chain of personnel from the colony to the camp is not speculative; it is a curriculum vitae.

  4. Figures

    Francis Galton

    1822 – 1911 Statistician; coined "eugenics"

    The self-direction of human evolution

    Darwin’s cousin, a genuine founder of modern statistics, who proposed in 1883 to manage human breeding directly. What has to be stressed is that this was not a fringe: the First International Eugenics Congress met in London in 1912 under the presidency of Darwin’s son, with Winston Churchill and the president of Harvard among its vice-presidents, and the emblem of the second congress showed a tree whose roots were labelled with every respectable science of the day.

  5. Figures

    Emily Hobhouse

    1860 – 1926 Welfare campaigner

    Making the camps a scandal at home

    Her 1901 report on the camps in the Cape and Orange River colonies turned the internment of Boer civilians into a public scandal in Britain, which is to say the facts were known, published and argued about at the time. Around 28,000 Boer women and children died, along with a comparable or greater number of Black Africans in separate camps whose records were kept far less carefully.

    Hobhouse, Report of a Visit to the Camps (1901)

  6. Figures

    Woodrow Wilson

    1856 – 1924 President of the United States, 1913–1921

    Self-determination, with conditions

    Japan’s proposal to write the equality of nations into the League Covenant won a majority of votes in the commission. Wilson, chairing, ruled that a matter of this importance required unanimity, and it failed. The pressure came from Australia over its immigration policy, backed by Britain, and from a president whose own administration had re-segregated the United States federal civil service.

    Shimazu, Japan, Race and Equality (1998)

  7. Figures

    Aimé Césaire

    1913 – 2008 Martinican poet and deputy

    One subject, not two

    His formulation in 1950 is still the sharpest available: what Europe could not forgive Hitler was not the crime itself but the crime against Europeans, the application to white people of procedures that until then had been reserved for the colonised. It is a claim about the moral accounting, and the accounting has still not been done.

    Césaire, Discours sur le colonialisme (1950)

  8. Figures

    Hannah Arendt

    1906 – 1975 Political theorist

    Imperialism came home

    The Origins of Totalitarianism makes the structural version of Césaire’s claim: imperialism abroad produced the categories, the personnel and the administrative habits that were later turned on Europe. The strong continuity thesis can be overstated and serious historians resist it, but the weaker claim, about supply rather than equivalence, is very hard to escape.

    Arendt, The Origins of Totalitarianism (1951)

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