L’Église, la France et le génocide
L’un des pays les plus catholiques du monde, et des clercs parmi les tueurs. Comment cela s’est produit, et qui l’a armé.
Quand cela s’est passé
- 1 October 1990 The RPF crosses; Opération Noroît begins French paratroopers in Kigali, French instructors training an army that grows from 5,000 to over 30,000, and French soldiers checking Rwandan identity cards at roadblocks.
- December 1990 The Hutu Ten Commandments Any Hutu who marries, employs or befriends a Tutsi declared a traitor.
- March 1993 An international commission of inquiry reports Documenting the massacres of Tutsi civilians that had occurred repeatedly since 1990, rehearsals that killed thousands and produced no consequences at all.
- August 1993 The Arusha Accords Power-sharing, a transitional government, integration of the armies. For the hard core around the president’s family, an existential threat.
- from mid-1993 RTLM begins broadcasting Music, jokes and incitement, using a word that had been in circulation since 1963.
- 11 January 1994 The Dallaire cable Militia trained by the army, Tutsi registered in Kigali for extermination, arms caches distributed. He proposed to seize the weapons and was ordered instead to inform the president.
- 6 April 1994 The aircraft is shot down Who fired remains disputed. What followed within hours is not.
- 7 April 1994 The prime minister and ten Belgian peacekeepers killed An act calculated to remove the strongest contingent in the UN force. It worked.
- 21 April 1994 UNAMIR cut from 2,500 to 270 Two weeks into a genocide that was being reported daily. In the same period over a thousand Western soldiers arrived to evacuate foreign nationals, and left.
- June–August 1994 Opération Turquoise A safe humanitarian zone covering the area still held by the perpetrators.
- 1999–2000 The Carlsson and OAU inquiries Both conclude the genocide was preventable, the information was available, and the failure was one of political will.
- 2016 and 2017 The Rwandan bishops apologise; then Pope Francis For members of the church who participated, and for the sins and failings of the church and its members.
- March 2021 The Duclert report Heavy and overwhelming responsibilities; a colonial reflex; unwavering support for an openly racist regime; and blindness to a genocide visible in France’s own traffic.
Les termes signalés portent une définition courte: survolez, ou touchez sur écran tactile.
« La France a des responsabilités lourdes et accablantes… Elle est demeurée aveugle face à la préparation d'un génocide. »
— Rapport de la commission Duclert, nommée par le président de la République française et dotée d'un accès aux archives Mitterrand, mars 2021Entre le 7 avril et la mi-juillet 1994, entre 800 000 et un million de personnes furent assassinées au Rwanda en une centaine de jours. L'écrasante majorité était tutsi, tuée parce qu'elle était tutsi ; un nombre considérable de Hutu furent tués pour s'être opposés aux massacres ou pour en avoir été soupçonnés.
Deux faits concernant ce pays rendent nécessaire l'écriture de ce chapitre plutôt que le simple relevé du nombre.
Le premier est que le Rwanda était l'un des pays les plus chrétiens de la terre. Environ quatre-vingt-dix pour cent de la population était chrétienne, dont à peu près les deux tiers de catholiques, avec des taux de pratique religieuse parmi les plus élevés d'Afrique. Les plus grands massacres eurent lieu à l'intérieur des églises, où les gens s'étaient rendus parce que, lors de chaque vague de violence antérieure (1959, 1963, 1973), l'église avait été un sanctuaire. Et une partie du clergé y prit part.
Le second est que l'État qui organisa les tueries avait été armé, formé, financé et protégé diplomatiquement par la France, dont la propre commission d'historiens nommée par le président a désormais conclu (en s'appuyant sur les archives de l'État français lui-même) que la France porte des responsabilités lourdes et accablantes.
La route vers avril : 1990-1994
Le 1er octobre 1990, le Front patriotique rwandais (le mouvement armé de la génération exilée décrite au chapitre 26) franchit la frontière ougandaise pour entrer dans le nord du Rwanda. La réponse du régime fut immédiate sur deux fronts : militaire et rhétorique.
Militairement, la France, la Belgique et le Zaïre envoyèrent des troupes en quelques jours. La Belgique se retira rapidement. La France resta. L'opération Noroît se déroula d'octobre 1990 à décembre 1993 : des parachutistes français à Kigali, des officiers français conseillant les opérations de l'armée rwandaise, des instructeurs français (les missions DAMI) formant une armée passée d'environ 5 000 hommes à plus de 30 000 en trois ans, des soldats français tenant des barrages et (cela est consigné dans les travaux parlementaires) contrôlant les cartes d'identité rwandaises, les cartes du chapitre 24.1
La motivation n'a jamais vraiment concerné le Rwanda. Il s'agissait de la doctrine de l'influence française en Afrique et de ce que les responsables français appelaient eux-mêmes le : le FPR parlait anglais, venait d'Ouganda, et était donc lu à Paris comme un instrument anglo-saxon empiétant sur la sphère française.
Rhétoriquement, le régime et la presse extrémiste transformèrent l'invasion en urgence raciale. En décembre 1990, le magazine Kangura publia les « Dix commandements du Hutu », qui déclaraient traître tout Hutu qui épousait, employait ou fréquentait un Tutsi et exigeaient des Hutu qu'ils cessent d'avoir pitié. À partir de 1993, la station de radio RTLM (privée, populaire, financée par des proches de l'entourage présidentiel) diffusa un flot de musique, de plaisanteries et d'incitations, employant le mot , cafard, qui circulait depuis 1963.
Pendant ce temps, les accords d'Arusha, signés en août 1993, prévoyaient un partage du pouvoir, un gouvernement de transition à base élargie et l'intégration des armées. Pour le noyau dur entourant la famille du président (l'), Arusha représentait une menace existentielle, et le génocide fut, entre autres choses, la réponse qui lui fut donnée.
Les avertissements, et ce qu'on en a fait
L'affirmation selon laquelle personne ne pouvait savoir est fausse, et sa fausseté a été formellement établie par deux enquêtes indépendantes.
Le 11 janvier 1994, le général de division Roméo Dallaire, commandant la mission de l'ONU, adressa un télégramme au siège des Nations unies à New York rapportant les informations d'un instructeur de haut rang de la milice : que la milice avait été formée par l'armée, qu'elle avait recensé les Tutsi de Kigali en vue de leur extermination, qu'un rythme de mille tueries en vingt minutes était revendiqué, et que des caches d'armes étaient en cours de distribution. Dallaire proposa de saisir les armes. Il reçut l'ordre de n'en rien faire, et l'instruction d'informer le président Habyarimana : c'est-à-dire de dire au gouvernement que son propre plan avait été signalé.2
Les renseignements belges, les organisations de défense des droits humains et une commission internationale d'enquête en mars 1993 avaient tous documenté les massacres de civils tutsi survenus à plusieurs reprises depuis 1990 à Kibilira, au Bugesera et ailleurs, des répétitions générales, en somme, qui tuèrent des milliers de personnes et ne produisirent aucune conséquence.
Les cent jours, et le retrait
Le 6 avril 1994, l'avion du président fut abattu à l'approche de Kigali. L'identité des tireurs demeure disputée et cette chronique ne prend pas position là-dessus ; ce qui n'est pas disputé, c'est ce qui suivit dans les heures qui vinrent. Des barrages furent dressés, des listes préparées furent utilisées, la première ministre modérée Agathe Uwilingiyimana fut assassinée, et dix casques bleus belges qui la gardaient furent désarmés et tués, un acte calculé pour retirer le contingent le plus solide de la force onusienne.
Cela fonctionna. La Belgique se retira. Le 21 avril 1994, deux semaines après le début d'un génocide qui faisait quotidiennement l'objet de reportages, le Conseil de sécurité de l'ONU vota la réduction de la MINUAR d'environ 2 500 hommes à 270.
Dans la même période, plus d'un millier de soldats occidentaux (français, belges, italiens, américains) arrivèrent pour évacuer leurs ressortissants et repartirent. Ils évacuèrent des expatriés et, dans plusieurs cas documentés, les animaux de compagnie d'expatriés, passant devant du personnel rwandais qui fut tué après leur départ. À l'École technique officielle de Kigali, des casques bleus belges se retirèrent d'un établissement où environ deux mille personnes s'étaient réfugiées ; la plupart furent tuées dès leur départ.
Le gouvernement des États-Unis, quant à lui, s'employa à éviter le mot. Des consignes du Département d'État enjoignaient aux porte-parole de dire que des « actes de génocide » avaient peut-être eu lieu plutôt qu'un génocide était en cours, parce que la Convention sur le génocide crée des obligations. La découverte de ces consignes en 1998 dans des documents déclassifiés constitue l'un des éléments les plus honteux du dossier de n'importe quel gouvernement de cette période.3
Deux enquêtes officielles ultérieures (l'enquête indépendante de l'ONU elle-même, dirigée par Ingvar Carlsson (1999), et le panel de l'Organisation de l'unité africaine (2000)) conclurent que le génocide était évitable, que l'information était disponible, et que la défaillance fut une défaillance de volonté politique.
L'Église
Vient maintenant la question qu'il faut poser sans détour : pourquoi l'Église catholique du Rwanda n'a-t-elle pas arrêté cela ?
Parce qu'elle n'était pas extérieure à l'État. L'archevêque Vincent Nsengiyumva de Kigali siégea au comité central du parti au pouvoir, le MRND, à partir de 1976 ; le Vatican fit pression sur lui pour qu'il abandonne ce poste au milieu des années 1980 et il y demeura jusqu'en 1990. Il était aussi le confesseur personnel de l'épouse du président. L'Église était la plus grande institution du pays après l'État, dirigeait la plupart des écoles et de nombreux hôpitaux, et détenait un patrimoine très substantiel. C'était un organe de l'establishment, non un contre-pouvoir.
Parce qu'elle avait construit les catégories. Les chapitres 23 et 24 en ont retracé la ligne : l'ethnographie missionnaire fit de la théorie hamitique une évidence rwandaise ; l'évêque Classe défendit le pouvoir des chefs tutsi en termes raciaux dans les années 1920 et 1930 ; monseigneur Perraudin expliqua l'inégalité en termes raciaux en 1959. Une institution qui avait passé soixante-dix ans à enseigner que le Rwanda contenait deux races était mal placée, en 1994, pour dire qu'il n'en contenait pas.
Parce que ses déclarations furent équivoques au moment décisif. Entre 1990 et 1994, la hiérarchie publia des appels à la paix et au calme qui condamnaient la violence en termes généraux tout en évitant de nommer l'idéologie, le parti ou la presse qui l'organisaient. Il n'y eut aucune excommunication des organisateurs, aucune instruction délivrée en chaire selon laquelle la participation valait damnation, aucune fermeture des églises aux tueurs.
Et parce qu'une partie de son clergé y participa. Ce n'est pas une question d'allégation. C'est une question de condamnation :
- Le père Athanase Seromba, curé de Nyange, ordonna la destruction au bulldozer de sa propre église alors qu'environ 1 500 à 2 000 personnes s'y abritaient. Il fut condamné par le Tribunal pénal international pour le Rwanda et condamné en appel, en 2008, à la réclusion à perpétuité. Il vivait et exerçait comme prêtre en Italie sous un autre nom.
- Les sœurs Gertrude Mukangango et Maria Kisito Mukabutera, du couvent de Sovu, furent condamnées par un jury belge en 2001 en lien avec la mort de milliers de réfugiés au couvent, y compris la fourniture de l'essence utilisée pour brûler un bâtiment avec des personnes à l'intérieur.
- Le père Emmanuel Rukundo, aumônier militaire, fut condamné par le TPIR en 2009 pour génocide, meurtre et autres crimes.
À cela il faut opposer les prêtres, les religieuses et les laïcs chrétiens qui cachèrent des gens, refusèrent de livrer des listes et en furent tués. Ils furent nombreux. Les deux faits sont vrais, et l'institution l'a maintenant reconnu, tardivement : les évêques catholiques rwandais présentèrent des excuses en novembre 2016 pour les membres de l'Église qui y participèrent, et en mars 2017 le pape François demanda pardon au président et au peuple rwandais pour les péchés et les manquements de l'Église et de ses membres. Le pape Jean-Paul II avait auparavant condamné le génocide tout en soutenant que l'Église en tant que telle ne pouvait être tenue pour responsable des méfaits de ses membres, une distinction que beaucoup de Rwandais eurent du mal à accepter d'une institution qui avait passé un siècle à s'attribuer le mérite de la formation morale du pays.4
Il existe au Rwanda une communauté qui fait figure de contre-exemple, et elle mérite d'être nommée. La minorité musulmane du pays, peut-être un ou deux pour cent de la population en 1994, ne prit pas part aux tueries en tant que communauté. Les chercheurs partis en quête du schéma trouvèrent partout la même chose : les mosquées ne devinrent pas des lieux de massacre comme le devinrent les églises, des quartiers musulmans tels que Nyamirambo à Kigali devinrent connus comme des endroits où l'on pouvait cacher des Tutsi, et les imams prêchèrent contre les tueries pendant qu'elles avaient lieu, au moment où prêcher contre elles se payait. La raison avancée par la communauté elle-même est le propos de toute cette chronique. Les musulmans rwandais rejetaient explicitement l'idéologie raciale bâtie pour séparer les Hutu des Tutsi : dans leur enseignement, il n'y avait ni musulmans hutu ni musulmans tutsi, seulement des musulmans. Une communauté qui n'avait jamais accepté les catégories hamitiques n'avait rien à activer en avril 1994. Des exceptions individuelles existèrent et les chercheurs les ont consignées, mais elles furent rares, et elles furent condamnées à l'époque par les responsables mêmes de la communauté, ce que précisément la hiérarchie de l'Église ne fit pas. Le contraste n'échappa pas aux Rwandais : dans les années qui suivirent le génocide, les conversions à l'islam augmentèrent fortement, poussées, disaient les convertis, par le souvenir de ceux qui avaient ouvert leurs portes.5
La France
Le cas français a désormais été examiné par la France elle-même, ce qui le rend citable plutôt que discutable.
En 2019, le président Macron nomma une commission d'historiens dirigée par Vincent Duclert, dotée d'un accès sans précédent aux archives présidentielles, diplomatiques, militaires et de renseignement de la période Mitterrand. Son rapport, remis en mars 2021, compte environ mille pages. Ses conclusions :
- La France porta des responsabilités lourdes et accablantes dans les événements qui menèrent au génocide.
- La politique française fut mue par un réflexe colonial et par la crainte d'un empiétement anglophone, et elle maintint un soutien inébranlable à un régime ouvertement raciste.
- La France demeura aveugle à la préparation d'un génocide qui était visible dans son propre trafic diplomatique et de renseignement.
- La commission n'a trouvé aucune preuve que la France ait été complice au sens du partage de l'intention d'exterminer, une conclusion que des chercheurs rwandais et le rapport Muse, commandé séparément, ont contestée comme trop généreuse, tout en acceptant le corpus de faits établi par la commission.6
Deux points précis demeurent les plus difficiles.
Les armes après l'embargo. Human Rights Watch a documenté des livraisons d'armes aux forces rwandaises défaites via Goma après l'embargo sur les armes décrété par l'ONU le 17 mai 1994, et la mission d'information parlementaire française de 1998 a examiné les livraisons françaises antérieures à cette date. La chronologie de ce qui fut livré, par qui, et avec quelle connaissance officielle, est encore contestée dans le détail ; qu'une armée génocidaire ait continué à recevoir des armes ne l'est pas.
Bisesero. Pendant l'opération Turquoise (l'intervention française autorisée par le Conseil de sécurité en juin 1994, dans le dernier mois du génocide), un détachement français rencontra des Tutsi survivants dans les collines de Bisesero, qui leur dirent que des gens y étaient traqués et tués. Le détachement repartit et revint trois jours plus tard. Plusieurs centaines de personnes furent tuées dans l'intervalle. Les tribunaux français ont examiné l'épisode pendant plus de deux décennies ; en 2018, des juges d'instruction ordonnèrent un non-lieu, confirmé en 2020, décision que les associations de rescapés continuent de contester.7
L'effet plus vaste de Turquoise est le sujet du chapitre 27 : la « zone humanitaire sûre » qu'elle établit dans le sud-ouest devint le couloir par lequel le gouvernement défait, son armée et ses milices passèrent au Zaïre.
En mai 2021, Macron s'exprima au mémorial de Gisozi à Kigali. Il reconnut les responsabilités de la France, dit que la France s'était tenue aux côtés d'un régime génocidaire, et demanda le don du pardon. Il n'employa pas le mot excuses, et il fut explicite sur le fait que la France n'avait pas été complice. Ce fut, de loin, le point le plus avancé qu'un président français ait jamais atteint.
Pourquoi personne n'est venu
La dernière question est celle de savoir pourquoi le monde n'a rien fait, et la réponse que donne cette chronique est celle que tout l'argument précédent a préparée.
Ce n'est pas que l'intervention fût impossible. L'appréciation de Dallaire (selon laquelle une force convenablement équipée d'environ 5 000 hommes aurait pu arrêter ou réduire drastiquement les tueries dans les premières semaines) a été débattue par les analystes militaires, mais le point plus fondamental demeure : les troupes chargées d'évacuer les étrangers arrivèrent en quelques jours. La capacité existait. Elle fut déployée, employée à retirer les gens qui comptaient, puis retirée.
Comparez le traitement de l'ex-Yougoslavie durant les mêmes années : une force permanente de l'ONU de plusieurs dizaines de milliers d'hommes, la puissance aérienne de l'OTAN, une couverture soutenue à la une des journaux, et un tribunal pour crimes de guerre établi alors que la guerre durait encore. La différence de moyens alloués aux catastrophes européennes et africaines dans la même période n'a rien de subtil, et elle n'exige aucune conspiration pour être expliquée. Elle n'exige que la valorisation différentielle de la vie humaine dont les chapitres 8 à 14 ont documenté la fabrication, la mise en loi et l'enseignement.
Ajoutez-y le contexte immédiat : la mort de soldats américains à Mogadiscio en octobre 1993 avait produit une directive présidentielle conçue pour tenir les États-Unis à l'écart exactement de ce type d'opération. Ainsi, l'effet de second ordre d'une intervention africaine ayant mal tourné fut qu'un autre pays africain fut abandonné à l'extermination.
Trois points d'honnêteté. Un : le FPR a lui aussi commis des crimes graves, pendant la guerre comme après, notamment le meurtre de trois évêques et de dix autres membres du clergé à Gitarama en juin 1994, pour lequel des tribunaux militaires rwandais ont condamné quatre soldats, ainsi que des tueries de représailles contre des civils hutu documentées par des organisations de défense des droits humains. Le chapitre 28 traite frontalement des accusations plus larges plutôt que de les contourner. Deux : la responsabilité de la France est lourde et établie ; l'accusation de complicité au sens juridique a été examinée par des historiens ayant les archives sous les yeux et n'a pas été retenue, et cette chronique le rapporte plutôt que de passer outre. Trois : le rôle de la Belgique en 1959 et en 1933 (chapitre 24) est sans doute le plus profondément causal, et le retrait abrupt de la Belgique en avril 1994 ôta au pays le contingent le mieux équipé au moment décisif.
Rien de tout cela n'est une défense. C'est la différence entre une chronique et un réquisitoire.
Le chapitre 26 se tourne vers la seule force qui ait effectivement arrêté les tueries.
Notes
- Assemblée nationale, Rapport d'information de la mission d'information sur les opérations militaires menées par la France, d'autres pays et l'ONU au Rwanda entre 1990 et 1994 (le rapport Quilès), 1998 ; Gérard Prunier, The Rwanda Crisis (New York : Columbia University Press, 1995), chap. 4. ↩
- Le télégramme du 11 janvier 1994, « Request for Protection for Informant », rendu public par le National Security Archive ; Roméo Dallaire, Shake Hands with the Devil (Toronto : Random House Canada, 2003). ↩
- Samantha Power, « Bystanders to Genocide », The Atlantic, septembre 2001 ; les documents sous-jacents se trouvent dans la collection Rwanda du National Security Archive. ↩
- Timothy Longman, Christianity and Genocide in Rwanda (Cambridge : Cambridge University Press, 2010), constitue le traitement savant de référence ; voir aussi Carol Rittner, John K. Roth et Wendy Whitworth (dir.), Genocide in Rwanda: Complicity of the Churches? (St Paul : Paragon House, 2004). Jugements du TPIR : Prosecutor v. Seromba, ICTR-2001-66-A (chambre d'appel, 12 mars 2008) ; Prosecutor v. Rukundo, ICTR-2001-70-T (2009). ↩
- Kristin Doughty et David Moussa Ntambara, Resistance and Protection: Muslim Community Actions During the Rwandan Genocide (Cambridge, MA : CDA Collaborative Learning Projects, 2005) ; Emily Wax, « Islam Attracting Many Survivors of Rwanda Genocide », The Washington Post, 23 septembre 2002 ; Longman, Christianity and Genocide in Rwanda, sur la comparaison avec les églises. ↩
- Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi, La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (1990–1994) (Paris : Armand Colin, 2021) ; Levy Firestone Muse LLP, A Foreseeable Genocide: The Role of the French Government in Connection with the Genocide Against the Tutsi in Rwanda (2021). ↩
- Human Rights Watch, Rwanda/Zaire: Rearming with Impunity (mai 1995) ; sur Bisesero, les reportages de Patrick de Saint-Exupéry, Complices de l'inavouable : la France au Rwanda (Paris : Les Arènes, 2009), et les décisions judiciaires françaises successives. ↩
Qui était impliqué
- Figures
Roméo Dallaire
The mandate he was refused
His cable of 11 January 1994 reported the militia training, the registration of Tutsi in Kigali for extermination, and the distribution of arms caches. He proposed to seize the weapons; New York refused and told him to inform the president. His later assessment, that a properly equipped force of around 5,000 could have stopped or drastically reduced the killing, is debated. What is not debated is that over a thousand Western soldiers arrived within days, to evacuate foreigners.
Dallaire, Shake Hands with the Devil (2003)
- Figures
Agathe Uwilingiyimana
The transitional settlement
A moderate Hutu prime minister, murdered on the morning of 7 April 1994. The ten Belgian peacekeepers guarding her were disarmed and killed, an act calculated to remove the strongest contingent in the UN force. It worked: Belgium withdrew, and on 21 April the Security Council cut UNAMIR from about 2,500 troops to 270.
- Factions
The akazu
"the little house"
Against Arusha, at any cost
The hard core of the regime (family, northwestern clients, army officers, businessmen), for whom the Arusha Accords of August 1993, with their power-sharing and army integration, were an existential threat. The genocide was, among everything else it was, the answer to a negotiated settlement that would have ended their monopoly.
Des Forges, Leave None to Tell the Story (1999)
- Factions
Interahamwe
"those who attack together"
Hutu Power
Trained from 1992 by the army, and the primary non-state force in the killing. In January 1994 a senior trainer told the UN force that Tutsi had been registered in Kigali for extermination and that a rate of a thousand killings in twenty minutes was claimed. The commander proposed to seize the arms caches and was ordered instead to inform the president: that is, to tell the government its own plan had been reported.
Des Forges, Leave None to Tell the Story (1999)
- Factions
RTLM
Radio Télévision Libre des Mille Collines
The president’s circle
Music, jokes, phone-ins and incitement, using the word inyenzi — cockroach — that had been in circulation since 1963. Its organisers, and those of the magazine Kangura, were convicted at Arusha in the Media Trial. Two generations of Rwandans had already been taught in mission classrooms that Tutsi were foreign invaders from the north; the radio did not have to introduce the idea.
ICTR, Nahimana et al. (the Media Trial)
- Figures
Vincent Nsengiyumva
The establishment he sat on
He sat on the central committee of the ruling party from 1976 and remained on it until 1990, after the Vatican had pressed him to resign the position, and was personal confessor to the president’s wife. The church was the country’s largest institution after the state and ran most of its schools. It was an organ of the establishment, not a check on it, which is most of the answer to why it did not stop what happened.
Longman, Christianity and Genocide in Rwanda (2010)
- Figures
Athanase Seromba
Convicted
He ordered the bulldozing of his own church with roughly 1,500 to 2,000 people sheltering inside, and was sentenced on appeal in 2008 to life imprisonment. He had been located in 2001 by a journalist, living and serving as a priest in Italy under a different name. Against him must be set the priests and nuns who hid people, refused to hand over lists, and were killed for it. Both facts are true.
ICTR, Prosecutor v. Seromba (2008)
- Figures
Vincent Duclert
The archives, opened
His commission was given unprecedented access to the presidential, diplomatic, military and intelligence archives of the Mitterrand period, and reported in 2021 in about a thousand pages: heavy and overwhelming responsibilities, a colonial reflex, unwavering support for an openly racist regime, and blindness to a genocide visible in France’s own traffic. It found no evidence of complicity in the legal sense, a conclusion disputed as too generous, by people who accept the factual record it established.
La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (2021)